05.07.2008
Du charme de la vertu ou Ingrid BETANCOURT est libre !
L’admiration ne peut pas être la vertu par délégation…
Dans son « Discours sur la vertu », prononcé le 29 novembre 2007 à l’Académie française, François Cheng explique que pour Confucius, « la vertu n’est nullement une idée ou une règle abstraite, qu’elle est éminemment incarnée » mais que ce trait de la vertu étant trop ignoré, elle est mal comprise et regardée comme ennuyeuse. Aussi un jour, Confucius se serait écrié Que n’ai-je le pouvoir de rendre le désir de vertu aussi attrayant, que le désir charnel ! Donner du charme à la vertu. Ou plutôt attendre des hommes qu’ils se rendent disponibles au charme de la vertu, disposé à le voir et à l’accueillir. Le chemin est long.
Curieux phénomène ! Depuis quelques temps, en France, les femmes deviennent des saintes. Mieux, des madones, soit « la » femme en représentation – ou représentée. Ainsi les médias, télévisés surtout, mais pas seulement eux, opèrent-ils, par la force du verbe, la métamorphose, que dis-je, la transsubstantiation. Ainsi en alla-t-il de Ségolène Royal et désormais d’Ingrid Betancourt. Et comme à une madone il convient toujours de trouver un enfant… on ne s’étonnera pas que nous soyons collectivement appelés à devenir celui-ci. Idolâtrie ? Mauvais présage, en tous les cas, pour elles qui ne le souhaitent certainement pas comme pour nous qui ne méritons pas ce triste sort.
Humaine. Est-ce trop attendre de nous que de regarder la vertu comme une voie possible de l’homme. Et en l’occurrence d’Ingrid Betancourt en tant qu’elle est une femme non une sainte. Avons-nous, pour elle et sa force intérieure, si peu de considération qu’il nous soit besoin d’aller ailleurs d’elle, au-delà d’elle, dénicher ce qui la fait briller d’un tel éclat. Avons-nous pour nous-mêmes, surtout, si peu de considération que notre admiration pour elle s’accompagne d’un abaissement de soi. L’admiration ne peut pas être la vertu par délégation. Or, faire d’Ingrid Betancourt, une « sainte », une « différente », revient à nous distancier de la vertu, à minorer son implication d’être humain, à excuser notre propre manque d’implication, à rendre improbable notre propre vertu.
C’est parce que la vertu est humaine qu’elle est une voie possible pour chacun de nous, souvent par « contamination » ou, plutôt par l’expérience partagée.
Quand on se promène ne serait-ce qu’à trois, chacun est certain de trouver en l’autre un “maître”, faisant la part du bon pour l’imiter et du mauvais pour le corriger en lui-même (Confucius).
00:51 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ingrid betancourt, confucius, françois cheng, vertu
30.05.2008
Dérive des continents - des rives littéraires
Depuis quelques mois, la terre bouge en extrêmes orient : Chine et Taïwan se rapprochent. Pour quel résultat ? Difficile à estimer aujourd’hui. Bien sûr, il faut saluer un rapprochement pacifié à l’invitation de la Chine. Mais, dira-t-on, la petite île a-t-elle le choix ? On ergotera, si on le veut. Vu d’ici, les choses sont simples.
Pourtant, à dresser une courte histoire de la littérature taiwanaise contemporaine, on perçoit bien la complexité de la situation :
1945 – lors de sa rétrocession à la Chine, Taiwan appartenait à l’empire nippon depuis un demi-siècle ; la plupart de ses écrivains s’exprimaient en japonais. Années 60 et 70 – le débat autour du ‘modernisme’ et de la ‘littérature de terroir’, recoupait partiellement la dualité du peuple taiwanais : les ‘Continentaux’ (sans racines taiwanaises) et les Taiwanais de souche (pareillement venus du continent chinois mais à une époque plus ancienne). Années 80 – avec la démocratisation de la société, l’identité taiwanaise s’affirme plus librement et s’affranchit de l’obsession continentale ; c’est le temps d’un vaste travail d’exploration et de reconstruction de l’histoire taiwanaise. Années 90 et 2000 – une nouvelle génération d’écrivains (encore trop peu connus), mais aussi de cinéastes (reconnus internationalement), établit une distance critique par rapport au passé et aux engagements politiques dont le caractère illusoire ou même dérisoire est souligné concernant une terre à la configuration identitaire particulièrement complexe.
Rapprochement d’esprit ? Écart de texte ? (car, tout au long de ces décennies, cet écart avec le continent s’est creusé et se traduit notamment par une différentiation des styles et de la langue (du point de vue lexical, mais aussi du registre utilisé).
« Si la littérature taiwanaise est assurément profondément chinoise, et aime à se considérer comme telle […], elle doit être appréhendée, non point comme une littérature provinciale ou marginale, mais bien comme un domaine à part entière. » (A. PINO et I. RABUT)
J’emprunte l’essentiel du contenu de cet article à la préface éclairante qu’Angel PINO et Isabelle RABUT ont écrite pour le livre A mes frères du village de garnison – Anthologie de nouvelles taiwanaises contemporaines, éd. Bleu de Chine, 2001.
12:51 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, taïwan, littérature taiwanaise
17.05.2008
Tremblement de terre en Chine - Trois heures et demie : le temps du lien renoué
Après le tremblement de terre survenu en Chine, dans la province du Sichuan, je pense d’abord aux victimes ; morts, disparus, blessés, survivants. On parle désormais de 80.000 victimes ; une ville préfecture, Beichuan, qui comptait 30 000 habitants, a tout simplement sombrée.
Une telle catastrophe crée beaucoup, vraiment beaucoup d’orphelins et de parents sans descendant. La philosophie chinoise enseigne l'inconstance de l’existence ; c'est cette communauté de sort, de « fragilité », qui unit les êtres humains dans une compréhension humble, profonde et sans parole. La culture chinoise enseigne aussi la force d'esprit qui peut ressortir de cette fragilité.
Hier, trois charters ont effectué une liaison directe entre Taïwan et le Sichuan ; ils y ont livré vivres et équipements de sauvetage et ont permis d’évacuer des touristes et résidants taïwanais touchés par la catastrophe. Trois heures et demie de vol, sans escale, depuis Taipei jusqu'à Chongqing et Chengdu. Trois heures et demie après soixante années ou presque d’un divorce fratricide : c'est une première depuis 1949, année où l'île de Taïwan s’est séparée du « continent politique » chinois suite à la guerre civile. Je souhaite saluer et encourager, à la mesure de ce blog, ce lien renoué.
Et qui sait si tous ceux qui, sincèrement, ont à cœur de créer des liens de dialogue et de compréhension envers la Chine, cet immense « continent d’esprit » n'y trouveront pas l’occasion d’un exemple.
00:38 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, taïwan













