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30.05.2008

Dérive des continents - des rives littéraires

544129429.jpgDepuis quelques mois, la terre bouge en extrêmes orient : Chine et Taïwan se rapprochent. Pour quel résultat ? Difficile à estimer aujourd’hui. Bien sûr, il faut saluer un rapprochement pacifié à l’invitation de la Chine. Mais, dira-t-on, la petite île a-t-elle le choix ? On ergotera, si on le veut. Vu d’ici, les choses sont simples.
Pourtant, à dresser une courte histoire de la littérature taiwanaise contemporaine, on perçoit bien la complexité de la situation :
1945 – lors de sa rétrocession à la Chine, Taiwan appartenait à l’empire nippon depuis un demi-siècle ; la plupart de ses écrivains s’exprimaient en japonais. Années 60 et 70 – le débat autour du ‘modernisme’ et de la ‘littérature de terroir’, recoupait partiellement la dualité du peuple taiwanais : les ‘Continentaux’ (sans racines taiwanaises) et les Taiwanais de souche (pareillement venus du continent chinois mais à une époque plus ancienne). Années 80 – avec la démocratisation de la société, l’identité taiwanaise s’affirme plus librement et s’affranchit de l’obsession continentale ; c’est le temps d’un vaste travail d’exploration et de reconstruction de l’histoire taiwanaise. Années 90 et 2000 – une nouvelle génération d’écrivains (encore trop peu connus), mais aussi de cinéastes (reconnus internationalement), établit une distance critique par rapport au passé et aux engagements politiques dont le caractère illusoire ou même dérisoire est souligné concernant une terre à la configuration identitaire particulièrement complexe.
Rapprochement d’esprit ? Écart de texte ? (car, tout au long de ces décennies, cet écart avec le continent s’est creusé et se traduit notamment par une différentiation des styles et de la langue (du point de vue lexical, mais aussi du registre utilisé).
« Si la littérature taiwanaise est assurément profondément chinoise, et aime à se considérer comme telle […], elle doit être appréhendée, non point comme une littérature provinciale ou marginale, mais bien comme un domaine à part entière. » (A. PINO et I. RABUT)

2039341005.gifJ’emprunte l’essentiel du contenu de cet article à la préface éclairante qu’Angel PINO et Isabelle RABUT ont écrite pour le livre A mes frères du village de garnison – Anthologie de nouvelles taiwanaises contemporaines, éd. Bleu de Chine, 2001.

23.05.2008

Le mot pour le dire

1557692963.jpgCe soir, je relis un court « Ecrits sur la peinture » de WANG Wei (699-759, poète, peintre et musicien de la dynastie Tang). Le texte s’ouvre sur une phrase forte :

Chez quiconque peint un paysage, la résonance intérieure précède le pinceau.

C’est curieux, habituellement, on lit plutôt : […], l’idée précède le pinceau. Mais, pour Jean-François ROLLIN, dont je lis la traduction ce soir (éd. Chandeignes, 1997), le mot « idée » ne suffit pas et est même « étranger, contraire à la pensée chinoise ». Intéressant !

Pour en avoir le cœur net, je recherche et retrouve la traduction que François CHENG donne du texte de WANG Wei dans son livre Souffle-Esprit (éd. Seuil, 1989), un recueil de textes théoriques chinois sur l’art pictural :

En peignant un tableau de paysage, le peintre doit avoir son pinceau guidé par le yi [idée, désir, intention, conscience agissante, juste vision].

Ce n’est certainement pas la proposition la plus simple mais elle a l’avantage d’éclairer une vérité : on aurait tort, pour traduire un mot chinois, de vouloir plaquer trop rapidement un mot français ; mieux vaut, pour en fixer tout le contour et en rendre l’essentiel, en proposer plusieurs. Cette fois, c’est sûr, pour « entendre » la pensée chinoise, on n’a pas le droit d’être paresseux !

Le peintre doit avoir son pinceau guidé par le yi ! C’est vrai que la peinture chinoise, longtemps, ne fut pas une peinture à l’huile. Le repentir du peintre était presque impossible. Avant d’y mettre le pinceau, mieux valait pour lui avoir tout vu et des intentions claires !

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Paysage de YAO Mingjing (né à Pékin en 1959) - Forêt automnale, vent sur la rivière, assis dans l'oubli
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Paysage de ZHOU Shifeng (né à Wuhan en 1962) - Forêt en profondeurs multiples, toutes imprégnées de couleurs

17.05.2008

"Voyage"

815200025.jpgDu 17 au 25 mai, peintures, sculptures, contées, livres et saveurs d'évasion à Champs-sur-Marne… pour les grands et les petits.

Une belle initiative de l’association Grains de SEL qui réunit, pour une 7e édition, des peintres, sculpteurs, conteurs et des livres autour d’un thème fédérateur, le « Voyage ». Danièle ADAD et toute l’équipe de l’association invite nos regards à parcourir l’ailleurs. En semaine, l'expo sera visitée par des scolaires. Les week-ends sont "tous publics".

Soirée de vernissage, le 16 mai : pour un voyage, c’est tout un corps et un esprit qu’on doit mobiliser…

1808265901.jpgY mettre les mains, et au moins la spatule ! Ainsi s’ouvrait la soirée. Pour bien partir, se laisser entraîner vers d’autres horizons, d’autres gestes, sous l’œil bienveillant du peintre MiKL. Mine de rien, il n’est pas si facile, sous les regards curieux et amusés, de tracer un trait de couleur aléatoire – croit-on !

1703369384.jpgPuis, y mettre ses oreilles, ses yeux et déjà un peu d’esprit ! Hélène, luciole de la soirée (ceux qui y étaient comprendront, les autres imagineront…) et membre de OCPV (On conte pour vous), nous entraîna bien vite dans le monde des contes, accostant tantôt en Écosse, tantôt en Afrique, tantôt en Chine. Chaque fois, un tableau figurait l’ailleurs. C’est ainsi qu’elle conta l’histoire du « Vieillard sous la Lune » devant une planche originale du peintre Thomas NYS illustrant l’album Lunes de Chine.

Enfin, déambuler en salle, s’envoler un peu, tourner et retourner sur ses pas… à chacun son aventure, à chacun son paysage.

À l’empereur Liangwudi qui voulait savoir « Ce qu’il y a dans la montagne », Tao Hongjing (patriarche taoïste du Ve siècle), qui s’y était retiré lui répondit : Ce qu’il y a dans la montagne ? Sur les cols, des nuages blancs… Je ne puis qu’en jouir tout seul, Et ne saurait vous les donner.

Retrouver l'événement en photos en cliquant sur l'album "Voyage - Exposition" à droite sur ce blog

Tremblement de terre en Chine - Trois heures et demie : le temps du lien renoué

Après le tremblement de terre survenu en Chine, dans la province du Sichuan, je pense d’abord aux victimes ; morts, disparus, blessés, survivants. On parle désormais de 80.000 victimes ; une ville préfecture, Beichuan, qui comptait 30 000 habitants, a tout simplement sombrée.

Une telle catastrophe crée beaucoup, vraiment beaucoup d’orphelins et de parents sans descendant. La philosophie chinoise enseigne l'inconstance de l’existence ; c'est cette communauté de sort, de « fragilité », qui unit les êtres humains dans une compréhension humble, profonde et sans parole. La culture chinoise enseigne aussi la force d'esprit qui peut ressortir de cette fragilité. 

Hier, trois charters ont effectué une liaison directe entre Taïwan et le Sichuan ; ils y ont livré vivres et équipements de sauvetage et ont permis d’évacuer des touristes et résidants taïwanais touchés par la catastrophe. Trois heures et demie de vol, sans escale, depuis Taipei jusqu'à Chongqing et Chengdu. Trois heures et demie après soixante années ou presque d’un divorce fratricide : c'est une première depuis 1949, année où l'île de Taïwan s’est séparée du « continent politique » chinois suite à la guerre civile. Je souhaite saluer et encourager, à la mesure de ce blog, ce lien renoué.

Et qui sait si tous ceux qui, sincèrement, ont à cœur de créer des liens de dialogue et de compréhension envers la Chine, cet immense « continent d’esprit » n'y trouveront pas l’occasion d’un exemple.

13.05.2008

Silence Cieux

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Faut-il penser que l’Occident est la civilisation de la mise à distance – ou de la mise en mots, ce qui n’est sans doute pas si différent ? C’est ce que semble suggérer le compositeur, poète et plasticien américain John CAGE dont une très belle citation ouvre le chapitre « Sagesses orientales » de l’exposition Traces du sacré (du 7 mai au 11 août, au Centre Pompidou) :

Lorsque j’ai découvert l’Inde, ce que je disais s’est mis à changer. Et quand j’ai découvert la Chine et le Japon, j’ai changé le fait même de dire quelque chose : je n’ai plus rien dit. Silence : puisque tout communique déjà, pourquoi vouloir communiquer ?

Un peu de la musique de John Cage ici et ici aussi. Et puis, pour un disque d’exception : ici !

08.05.2008

En hommage à Lola

189077586.jpg « Qui peut me dire quelles sont les qualités de la cacahouète ? » demanda Père. […].

Père poursuit : « C’est pour cette raison que vous devez prendre exemple sur cette arachide » […].

Nous avons discuté jusque tard le soir. Et alors qu’il n’y avait plus de cacahouètes, les mots de Père restaient gravés dans mon cœur.

Qu'a bien pu dire ce sage Père ? Et qu'est-ce que la cacahouète pourrait avoir à nous apprendre ? Pour le savoir, je vous invite à lire ici l'intégralité d'une courte et édifiante histoire écrite par l'auteur chinois XU Dishan.

  

(ci-dessus, photo tirée du Koehler's Medicinal-Plants, 1887 - trouvée sur wikipédia, article "Arachide")

07.05.2008

Retour de Salon

De retour du Pouliguen, nous sommes heureux.

Chun-Liang (éditeur de HongFei), Sam (illustrateur de Yllavu) et moi-même avons passé trois belles journées au "Salon de l'Autre Edition" de la souriante ville du Pouliguen. Les visiteurs, fidèles aux livres et au soleil du front de mer, ont réservé un beau succès à nos cinq premiers albums jeunesse. Surtout, ce salon (le premier du genre pour nous qui venons de créer notre maison d'édition) a été l'occasion de belles rencontres avec des lecteurs, des auteurs, des éditeurs, des bibliothécaires, des amateurs éclairés... bref, avec tout un monde très sympathique.

Un grand merci à Frédérique MANIN qui, cette année, a très essentiellement organisé ce salon. Un coup de chapeau à tout ceux qui l'ont assisté ou soutenu et à qui nous devons un séjour agréable et des moments savoureux. Et une pensée cordiale à sa famille si chaleureuse...

Allez jeter un coup d'oeil à l'album photo consacré au salon (en haut à droite).

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