24.07.2009
"Vivre sans nous faire mal"
Dans son dernier livre, Composition française, évoquant ses lectures d’enfance, Mona Ozouf a ces très belles phrases :
" Les textes nous faisaient le fabuleux cadeau d’émotions et d’expériences hors de notre portée. Grâce à eux, nous savions ce qu’étaient la passion, la jalousie, la ruse, la cruauté, la séparation ; nous pouvions vivre à l’avance ce qui n’était pas de notre âge et sans nous faire mal. "
Mona Ozouf, Composition française. Retour sur une enfance bretonne, Gallimard, 2009.
02:27 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : lecture
22.07.2009
Transmettre – créer – déployer le présent
Lorsqu’on travaille à partir d’un patrimoine, littéraire par exemple, on croise toujours sur son chemin quelques bonnes âmes qui ne manquent pas de rappeler à quel devoir on s’engage alors. C’est que pour elles, l’expression « patrimoine » ne va pas sans préjugé ; elle implique, pour le moins, la quête d’une « authenticité » dont seuls ceux qui l’attendent savent exactement de ce qu’elle doit être.
Ainsi, pour qui travaille sur un texte chinois, a fortiori illustré, l’authenticité consistera souvent à donner à lire et à voir une « Chine chinoise ».
Dans un de ses livres, Simon LEYS, essayiste et sinologue, évoque, à propos du respect des valeurs des Anciens en Chine, un « passé à la fois spirituellement actif et physiquement invisible. » C’est qu’il lui apparaît, pour le dire comme ZHANG Liang, que « le passé n’est pas logé dans des bâtiments mais dans des écrits qui constamment en raniment l’esprit » et que « l’éternité habite les gens plutôt que les pierres, l’architecte mais non l’architecture. »
A XVIIIe siècle, dans son traité de peinture et de calligraphie, SHITAO écrivait :
L’homme qui suit aveuglément l’expérience de nos ancêtres a forcément une vision rigide et étriquée des anciennes connaissances, sans pouvoir les intégrer pour créer du nouveau.
Au contraire, l’homme de bien sait utiliser l’héritage du passé avec discernement pour développer le présent. [...]
Je respecte la tradition de la peinture. Comment pourrais-je en hériter sans la transformer en nouvelles créations ? (phrase calligraphiée ci-contre).
---
Simon LEYS, L'humeur, l'honneur, l'horreur, éd. Robert Laffont, 1991.
ZHANG Liang – architecte et urbaniste ; auteur de La naissance du concept de patrimoine en Chine, éd. Recherches, 2003.
SHITAO, Réflexions sur la peinture du Moine Concombre Sauvage. Texte intégral édité dans FENG Xiao-Min, L’Union de l’encre et du pinceau, Flammarion, 2003.
La peinture et la calligraphie sont de FENG Xiao-Min, L’Union de l’encre et du pinceau, Flammarion, 2003.
02:09 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.05.2009
La poésie naît d'un besoin naturel du beau et du plaisir
Qu’est-ce que c’est, la poésie ?
La poésie est une expérience esthétique, une expérience plaisante des mots.
La poésie est-elle la liberté totale ?
La poésie est régie par des règles de rimes, parfois, et de rythmes, toujours ; elle n’est pas une parole sans règle. Le charme de la poésie réside dans la force créatrice des poètes à s’affranchir de ces règles et à nous proposer une expérience de mots inattendue mais ô combien juste par rapport à notre vécu.
La poésie se caractérise-t-elle par le jeu du sens des mots ?
Au-delà du sens, la poésie c’est aussi un « son rythmé » quand elle est lue, et le mouvement des traits quand elle est écrite. En Chine on écrit et on peint avec le même outil qu’est le pinceau. La composition spatiale des mots qui composent un poème peut véhiculer un élan et émouvoir un lecteur aussi bien qu’une peinture. La poésie s’apprécie ainsi par sa dimension physique également.
Les ouvrages de poésie sont-ils délaissés par le lecteur d’aujourd’hui au profit des livres d’images ?
Les ouvrages de poésie et les livres d’images ne sont pas antinomiques. L’image peut être un allié de la poésie. La calligraphie chinoise en est un exemple. La couverture d’un ouvrage de poésie, aussi sobrement conçue soit elle, est porteuse d’une esthétique qui prépare le lecteur à entrer dans un monde autre.
Comment donner du goût au lecteur pour la poésie ?
Pour que le goût d’un homme soit cultivé, il lui est indispensable d’avoir goûté à des mets exquis préparés par un grand chef. Il saura alors distinguer ce qui est excellent de ce qui est médiocre. En littérature et en poésie, il n’en va pas autrement. En mettant à la portée des enfants une « bonne » littérature (comme les Chinois mettent à portée des enfants les poèmes classiques de vingt caractères, avec des niveaux de lecture multiples), nous les aidons à exiger du beau et du plaisir dans leurs lectures à venir.
[mémo de quelques idées émises lors de la table ronde sur « Les spécificités de la création d’ouvrages de poésie et leur réception », au dernier salon du livre du Pouliguen. Merci à Frédérique Manin d’avoir rendu possibles ces échanges stimulants avec un auditoire enthousiaste et les éditeurs de Sac à mots et Littérales.]
image : couverture de Poésie chinoise. texte de François Cheng / calligraphies de Fabienne Verdier. Ed. Albin Michel 2000.
01:11 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, chun-liang yeh, pouliguen
01.05.2009
Partir
… En « lisant » Du côté de chez Swann et A l’ombre des jeunes filles en fleurs (version BD dessinée par Stéphane Heuet, par la force des circonstances), je sais que je le comprends, Proust. Symétriquement, je me sais compris. Ces dernières années la vie m’a amené à apprécier certaines choses qui, pour l'être, doivent être « vécues », peu importe l’intelligence d’un individu.
Mais, qui a vécu, qui n’a pas vécu ? Qui est au-dessus de tous pour estimer si un autre a, ou n’a pas, vécu ? Ainsi, je ne peux que parler pour moi-même et toute tentative de transformer ces propos en un précepte pour une vie heureuse serait illusoire. A Taipei, le dernier bestseller est le récit d’un jeune homme qui s’est aventuré dans les contrées reculées du Tibet. Le préfacier, un homme de lettre pourtant intelligent, est si emporté par son enthousiasme de l’aventure « extraordinaire » de l’auteur, qu’il enjoint tous les lecteurs à « partir ». Peu importe où, mais il faut partir... Comme si partir suffisait à transformer un homme médiocre en un homme de qualité. Comme si hors de ces aventures extraordinaires, la vie ne serait pas vécue.
Ce « partir » banalisé traduit plutôt une révolte contre le poids de la vie quotidienne. Ce qui importe selon moi, ce n’est pas « partir » mais de trouver la force de tenir tête au poids de la vie quotidienne. Un homme qui part en aventurier dans la jungle n’est pas forcément plus courageux que celui qui ne part pas, mais qui sait, lui, transformer ce qui lui est donné à vivre comme un cheminement – vers la beauté et la liberté.
Chun
Lettre à un ami
image : couverture de la version chinoise de « A la recherche du temps perdu : Combray »
auteur : Marcel Proust
illustrateur : Stéphane Heuet
traducteur : LIN Weijun
éditeur : Dala (Taipei 2003)
Et puis, pour les voyageurs qui passeront ici, en ce jour de 1er mai, ces Lily of the valley que nous adresse Chun depuis un jardin anglais...
13:24 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : proust, muguet, lily of the valley, partir, voyage
27.12.2008
C’est quoi, une « expérience » ?
Dans deux des dernières notes du blog, nous avons parlé d’une « expérience de lecture ». Mais, qu’entendons-nous par le mot « expérience », précisément ?
Comme le sens des mots est parfois mieux défini « en creux », voyons d’abord ce qui n’est pas une expérience. Par exemple, dans la plupart des cas, une évasion n’est pas une expérience. L’évasion, à l’occasion d’une lecture, s’apparente généralement à une parenthèse qui s’ouvre puis se ferme, dans un cours à peine perturbé de la vie. Après la parenthèse, on « reprend une vie normale » et ses habitudes. Quant à l’expérience, au contraire, on n’en sort pas indemne. Après une expérience, nous ne regardons plus le monde de la même manière qu’avant. Nous acquérons une nouvelle façon d’interagir avec le monde – une façon plus riche dans le meilleur des cas.
Une autre manière de définir l’expérience consiste à distinguer et contraster les deux sens du mot. Dans la langue anglaise, ce double sens s’exprime avec deux mots distincts : experience et experiment. Tandis que l’experiment renvoie à un protocole d'épreuve préalablement établi, éventuellement répété, par lequel on teste une théorie ou collecte de nouveaux objets d’observation, le mot experience met davantage l’accent sur une connaissance ou une sagesse qui ne s’obtient pas autrement que par un vécu, une pratique. Avec l'expérience, nous créons un sens à notre parcours au lieu de le trouver tout fait.
L’expérience se vit ainsi comme un processus ouvert qui stimule nos sens et libère notre esprit. Si, au début d’une expérience, le premier pas vers l’inconnu peut inquiéter, ceux qui suivent finissent par élargir nos horizons et nous permettre d’être mieux en phase avec le monde qui nous entoure. C’est dans cette perspective que nous invitons nos lecteurs à une « expérience de lecture » d’une littérature chinoise accessible aux enfants.
image : le mot « expérience » en deux caractères chinois
18:27 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : expérience, évasion, lecture, sagesse, pratique, sens, esprit
09.11.2008
L’importance de vivre [1]
Au fil des rencontres avec des lecteurs attentionnés, plusieurs questions reviennent régulièrement sur les textes chinois sélectionnés et publiés par HongFei Cultures sous forme d’albums illustrés. Ces textes évoquent des sujets qui nous concernent tous, d’où leur qualité universelle, mais ils ne le font pas toujours de la « manière » dont nous avons l’habitude ici en France, d'où leur singularité.
Dans un langage simple et savoureux, ces textes nous parlent de la sagesse, de l’amour, et de l’importance de vivre. Et comme pour les Chinois, le trépas fait partie du processus de la vie, il arrive que ces textes abordent aussi cette énigme, tout en poésie.
Ce rapport particulier au monde et à la vie est une part précieuse et essentielle de la culture chinoise. Il n’est pas aussi visible qu’une peinture chinoise qu’on reconnaît du premier coup d’œil, par ses traits de pinceau ou ses couleurs d’encre.
Mais il n’en est pas moins réel et constitue une clé indispensable pour votre approche d'un Chinois.
Avant d’avancer plus en détail sur ce sujet, je me permets de vous inviter à découvrir un texte de LIN Yutang (1895-1976), l’un des écrivains et universitaires les plus éclairants de la Chine moderne :
Selon la théorie du flux de la vie, appliquée au système familiale, l’immortalité devient presque visible et tangible. Tout grand-père voyant son petit-fils se rendre en classe avec le sac au dos, sent qu’il revit réellement dans l’enfant et, quand il lui prend sa main ou lui pince la joue, il sait que c’est la chair de sa chair et le sang de son sang. Sa propre vie n’est qu’une section de l’arbre familial, ou du grand courant qui ne s’arrête jamais, et c’est pourquoi il est heureux de mourir. Le plus grand souci des parents chinois est de voir, avant leur mort, leurs fils et leurs filles convenablement mariés ; c’est un souci encore plus important que celui du lieu de leur propre tombe, ou du choix d’un bon cercueil. Car ils ne peuvent se représenter le genre de vie que leurs enfants auront tant qu’ils n’auront pas vu de leurs propres yeux leurs femmes et leurs maris, et si les belles-filles et les beaux-fils semblent bien, ils sont prêts « à fermer les yeux sans regrets » sur leur lit de mort.
(L’importance de vivre, LIN Yutang, Picquier 2007, p. 254)
version anglaise 1937, John Day Company, Inc.
version française 1948, éd. Buchet/Chastel
version française 2007, éd. Philippe Picquier
18:23 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vivre, mourir, immortalité, lin yutang, chinois
06.11.2008
Réflexions d’un voyageur en Angleterre
Récemment, la lecture d’un article de journal m’a donné envie de partager certaines réflexions, qui peuvent intéresser tout lecteur attentif et pas uniquement les spécialistes de l’urbanisme.
Il s’agit de l’article intitulé « Le prince Charles veut exporter son modèle d'urbanisme "à l'ancienne" » paru dans Le Monde du 26 octobre 2008. Un séjour de deux ans à Oxford m’a rendu sensible aux reportages sur l’Angleterre, d’autant plus qu’en France où je vis, les gens n’affichent pas l’amour qu’ils portent pour leurs voisins d’Outre-Manche.
Ce qui arrive souvent à une chose mal connue, c’est qu’elle soit adorée ou détestée pour de mauvaises raisons. C’est visiblement le cas du mouvement de renaissance urbaine animé par le Prince Charles, incarné dans la réalisation de Poundbury dans un coin paisible au sud-ouest du pays. En terme de morphologie urbaine, Poundbury n’est pas une ville proprement dite mais ressemble plutôt à un nouveau quartier d’une ville existante (Dorchester).
D’aucuns critiquent cet urbanisme de façade et dénoncent la « nostalgie » déconnectée de notre époque. D’autres admirent l’ambiance du « village urbain » presque magique de ce lieu : oui, c’est du faux-semblant mais c’est tellement bien fait ! Et pour un esprit pragmatique qui prévaut en Angleterre, l’effet supposé bénéfique du projet sur les relations sociales peut tout justifier.
J’ai eu l’occasion de passer quelques moments à Poundbury en 2004, un carnet de croquis à la main. A tant me voir dessiner, une habitante s’est mise à bavarder avec moi, s’excusant de ne pas avoir le temps de m'offrir un afternoon tea. Un endroit charmant qui inspire l’hospitalité, non ?
Quatre ans après, je vous livre le souvenir que cette visite m’a laissé : là-bas, tout est impeccablement dessiné, mais rien n’est « mesuré ». Je le dis avec un peu de regret.
Je me perds à Poundbury qui n’est pourtant pas très étendu. Des bâtiments plus ou moins grands, installés à différents endroits de la « ville », sont censés jouer le rôle de repères, et aider les gens à s’y orienter, se l’approprier. Toutefois, quand ces grands bâtiments sortent de son champ de vision, un flâneur ne sait plus s’il est proche ou loin du centre.
A l’opposé, dans une ville anglaise moins « artificiellement constituée », le flâneur le sait d’instinct : quand on est loin d’une high street (grande rue), les maisons sont plus espacées. Quand les maisons se resserrent, c’est qu’on se rapproche d’un centre. Voilà la « mesure » vivante résultant d’un jeu collectif de l’économie urbaine, une mesure non dessinée qui faisait défaut à Poundbury.
L’urbanisme de Poundbury constitue-t-il un modèle à généraliser et exporter ? Toujours est-il que le cadre très agréable de Poundbury a créé un effet non voulu : parmi ses habitants on compte plusieurs personnalités prestigieuses proches de la Cour royale. Le prix d’immobilier y est devenu inabordable pour le commun des mortels.
Moralité : derrière un article de journal, il peut y avoir toute une histoire à découvrir et à raconter (comme derrière chaque album de HongFei Cultures).
Source de l’image : Erling Okkenhaug
Pour plus d’images : cliquer ici
18:18 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : angleterre, prince charles, poundbury, urbanisme, hospitalité
20.09.2008
« 100 mots pour comprendre les Chinois », de Cyrille J.-D. JAVARY
Ma rencontre avec Monsieur JAVARY a quelque chose d’un « coup de foudre ». C’était à la Maison de thé de Mademoiselle LI, au Jardin d’Acclimatation de Paris en mai 2008, lors d’une conférence qu’il donnait sur la civilisation chinoise et le rapport à la modernité de cette vieille nation.
J'étais le seul Asiatique de l’audience ; probablement le plus exalté aussi du fait de ma qualité chinoise. Cela n’était pas une surprise pour le conférencier expérimenté : beaucoup de Chinois avant moi l’ont déjà félicité, et il y en aura beaucoup qui le feront après.
Paradoxalement, c’est un Chinois qui peut le mieux reconnaître la valeur de l’œuvre et de la pensée de Monsieur JAVARY, alors que son écrit est d’abord lu par un public français désireux de connaître la Chine. Pour être plus précis, c’est en tant que Chinois vivant en Occident que je me sens particulièrement concerné par les problématiques développées et éclairées par lui : il me parle des « impensés » culturels comme peu de gens l'ont fait jusqu'ici – tout au moins pas avec une telle intensité intellectuelle et simplicité de langage.
Sa connaissance intime de la Chine lui permet de traiter une palette étendue de sujets autour de ce pays : cosmologie, philosophie, sociologie, et quand il en parle, son propos est précis et argumenté, sans approximation. Le livre « 100 mots pour comprendre les Chinois » ne fait pas exception. Cet ouvrage, qui n’est pas un manuel pour apprendre la langue chinoise, pas plus qu'un dictionnaire, peut être lu aussi bien par les lecteurs sans la moindre connaissance de cette langue, que par ceux qui ont le chinois comme langue maternelle. Par son approche « anthropologique », ce livre nous rappelle une vérité simple : l’apprentissage des mots donne la clef non seulement de la maîtrise d’une langue, mais aussi de la compréhension d’une vision du monde, et ouvre la possibilité de « converser » fraternellement avec les gens qui parlent cette langue. Quelle serait la finalité de la connaissance d’une langue, si ce n’était pas celle-là ?
18:15 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : javary, chine, culture, dialogue
06.09.2008
Hospitalité [2]
Nous pouvons considérer que la sensibilité universaliste des Chinois s'exprime dans une autre phrase qui n'est pas moins souvent citée : « Entre les quatre mers, tous les hommes sont [mes] frères. »
Cette phrase est extraite du chapitre XII des Entretiens de Confucius. Un homme nommé Sima Niu se lamente de ne plus se reconnaître dans la conduite dévoyée de ses frères. Il considère les avoir perdus et se sent seul au monde. Zi Xia, l'un des disciples de Confucius, le console ainsi :
«... L'homme honorable veille sans cesse sur sa propre conduite ; il est respectueux et civilisé. Entre les quatre mers, tous les hommes sont ses frères. L'homme honorable a-t-il lieu de s'affliger de n'avoir plus de frères ? »
Ainsi, se perfectionner dans la vertu procure au sujet une récompense concrète et palpable : un monde peuplé de ses frères. L'homme offrira et recevra l'hospitalité ainsi en toute sérénité.
» Voir le site de l'AFPC (Association Française des Professeurs de Chinois)
18:11 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fraternité, universalisme, hospitalité, confucius
28.08.2008
Hospitalité [1]
La cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin a été une occasion de recentrer notre regard sur la civilisation chinoise. Si l'on ne se contente pas de commentaires de presses mal informés ou biaisés par les idéologies, on peut effectivement y "entendre" le message qu'une nation voudrait porter au monde. Cette occasion est d'autant plus précieuse que la nation en question, la Chine, a souvent été - et l'est encore aujourd'hui - admirée ou méprisée en Occident pour de mauvaises raisons.
Entendons-nous l'une des phrases souvent citées par les Chinois autour de l'événement : « N'éprouve-t-on pas de la joie avec des amis venant de loin ? » Cette phrase est extraite du premier paragraphe du premier chapitre des Entretiens de Confucius.
Pour sa traduction, j'ai consulté la proposition de deux références françaises sans être satisfait. Après avoir lu une version anglaise et une transcription en chinois moderne, je considère que celle proposée ci-dessus ne trahit pas le sens du texte d'origine. Au-delà de la traduction d'une seule phrase, il convient de la lire dans le contexte des trois phrases qui se suivent :
Le maître dit :
N'est-ce pas un plaisir d'apprendre et de mettre sa connaissance en application au moment opportun ?
N'éprouve-t-on pas de la joie avec des amis venant de loin ?
N'est-ce pas un homme de bien qui, incompris des autres, garde son esprit serein ?
La première phrase parle du rapport à soi : être homme, c'est avoir la faculté d'apprendre et de s'élever dans sa condition humaine. La deuxième phrase parle du rapport aux autres : un être qui arrive de loin, pourvu qu'il partage tes exigences et aspirations, peut parfaitement être ton ami. La troisième phrase propose une synthèse : il ne faut pas être désabusé même si la rencontre avec l'être partageant tes exigences et aspirations tarde à se concrétiser.
L'un des charmes de l'hospitalité à la chinoise consiste à voir une amitié potentielle dans chacun des arrivants.
» Voir le site de l'AFPC (Association Française des Professeurs de Chinois)
18:07 Publié dans carnet de bord | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hospitalité, confucius, ami, amitié




























